Cultive ton jardin...Voltaire
La fille allongée sur son transat le boudait d'un air désabusé. Il avait le don maladroit ce matin là de la contrarier pendant ses vacances estivales censées recharger ses batteries de salariée cadre dans une entreprise multinationale.
"Tous que tu me racontes me fait penser que la vie devant nous est d'une grisaille épouvantable. Que notre génération ne connaîtra que des contraintes et des régressions sociales. Je préfère vivre dans mes rêves et côtoyer la réalité des médias éphémères qui m'envoient une vision rose bon-bon de notre quotidien. Plutôt que de contempler les abimes du monde contemporain que tu me décrivent."
Son père réfléchissait, baigné du soleil au bord de la piscine méridionale, perdu dans ses pensées d'un autre monde, où la causalité des faits est chose liée avec les actes antérieures d'une humanité menée à la dérive par les agissement des élites au pouvoir. Le monde finance, nombril des évènements d'actualité selon les nouvelles du jour, n'était qu'action et réaction en chaîne sans aucune emprise réelle sur la situation des pays du 'club-Med' enfoncés dans un marasme économique gravissime depuis des mois. Une spirale sans fin qui amenait le premier monde droit dans le mur, pris dans la contagion par banques interposées, d'une crise d'endettement sans issue; dont le coeur était constitué par les agissements des banques centrales principales : la FED et la BCE. Animées par une volonté farouche d'imprimer de l'argent de façon illimité, sans provision sous forme de contre-partie des biens collatéraux dans leurs bilans, prêté exclusivement à taux zéro aux banques principales asphyxiées par leurs troubles opérations antérieures, la dissémination de cette monnaie ajoutait la dette à la dette, au lieu d'éteindre l'incendie. Un coeur du monde finance qui ressemblait de plus au plus à ceux des réacteurs sinistrés de Fukushima...
Alors que sa fille bien aimée voulait rien entendre de cette réalité là; préférant nier ce panorama effrayant mais bien réel qui enfonce le monde européen dans un carcan de rétrécissement social et économique, pour mieux s'enfermer dans un "Carpe Diem" calfeutré.
La réalité show de notre époque médiatique si passagère était sa source d'apaisement quotidien.
Alors que l'étau de la crise à venir mettait en danger son avenir sous les décombres d'une paupérisation généralisée, comme on voyait dans les rues d'Athènes.
"Pourquoi pas, après tout, on n'est jeune qu'une fois dans sa vie," il se disait pour se réconcilier à sa philosophie d'une jeune et sémillante femme de vingt et quelques ans. Le Décaméron blues de Boccace et la Renaissance news d'Erasme...se fusionne quand le monde bascule...
Une question de philosophie de vie. Choisir entre le bonheur du moment ou le souvenir enfoui, enseigné par l'histoire, d'une vérité implacable qui revient toujours au galop comme la nature de l'homme primitif.
Cela lui rappelait la lutte acharnée d'antan menée par un héros mythique d'une époque révolue : Voltaire.
Celui qui terrassa dans sa épopée des Lumières à la fois le dogme religieux et la sang bleu des "aristos"; pour déclamer sa foi dans le progrès rationnel. Celui par qui le malheur arriva, selon les conservateurs nostalgiques de l'ancien régime, pour abattre les deux piliers de leurs croyances millénaires, balayés à jamais : l'ordre féodal et l'ordre clérical.
Ayant mise à mal ces vieux démons de la nouvelle société en gestation, ayant nettoyé l'écuries d'Augias de l'Europe décadente et ankylosée, de quoi rêve notre héros à la fin de sa vie ?
A Candide ou l'optimisme! Cultiver son jardin, loin de la foule agitée, pour trouver sa propre quiétude.
Carpe Diem, paysage paisible d'une vie heureuse, à vivre en cachette et qui n'est que le fruit des sacrifices antérieures pour assurer son avenir. Après la tempête la paix bien mérité.
Comment expliquer cela à la jeunesse quand le temps des tempêtes arrive à l'horizon?
Alors que l'ordre néo-féodal renaît devant nos yeux sous forme de l'oligarchie de l'argent tout-puissant; et que l'ordre clérical a toute sa place dans le tiers monde en ébullition.
C'est le retour au temps des épreuves. L'exemple de nos icônes est de nouveau d'actualité.
Candide - Wikipédia
Le Choix de Sophie - Wikipédia
vendredi 31 août 2012
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