Histoire d'une rivalité millénaire
"Le bonheur est la poésie des femmes, comme la toilette en est à le fard." Honoré de Balzac
Le film mythique "To have and to have not", au titre très machiste, inspiré du roman du même nom écrit par le romancier Ernest Hemingway, chantre du machisme comme "way of life", fut traduit en France en "Le Port de l'Angoisse". Cette transposition plutôt hitchcockienne du titre du roman est tout un symbole; l'infranchissable "Channel" qui existe entre la mentalité insulaire et anglo-saxonne et celle du gaulois continental.
Cette différence d'esprit est célébrée chaque hiver pendant le tournois des Six Nations, fête de L'Ovalie; où le sang froid et l'opiniâtre flegme anglais se mesurent à la traditionnelle inspiration virevoltante et l'audace du "French flair". En tout cas c'est la légende des siècles de l'Histoire racontée depuis la bataille de Hastings à celle de Waterloo.
La rencontre du 11 mars 2012 fut tout son contraire. Les Anglais ont démontré le fameux sens de l'audace en inscrivant trois essais, alors que les Français se sont contentés de botter sagement comme des Anglais des pénalités entre les poteaux tous dressés comme les portes de l'angoisse. C'est n'est que dans les ultimes moments haletants du combat viril qu'un Français au nom atypique de Wesley Fofana inscrivit le seul essai français. Peine perdu, car les Anglais ont remporté leur match d'une courte tête comme dans la tradition historique depuis la bataille de Poitiers. Mais comme il se doit dans toute histoire sans fin, ce n'est que partie remise jusqu'au tournoi l'année prochaine.
Dans les gradins du Stade de France, on voyait la fine fleur de la nomenclature politique française, toute présente dans cette fête virile pour démontrer sa propre combativité dans une compétition à venir, soumise à l'arbitrage du suffrage universel à l'échelle nationale et programmé pour le printemps prochain. La France allait élire son Roi en République; tout un programme, une tradition incohérente propre à un pays à l'existence millénaire; qui avait déjà inventé le moine-soldat au mépris des lois canoniques; plébiscité un Empereur, défendeur de la République des Lumières; en quelque sorte un Tarquin et un Brutus à la fois. Il faut être au pays des 350 types de fromage pour inventer pareille trouvaille qui met à mal une tradition occidentale de cohérence logique vieille de trois mille ans; comme une Algérie française, une et indivisible, mais habitée par deux peuples aux droits très différents; chose qui fut admirablement rappelé dans un documentaire télévisuel du même soir du 11 mars. Mais pour revenir aux portes de l'angoisse, les prétendants au titre du monarque républicain avaient le regard bien décidé dans l'attente d'une victoire française cette après-midi là, signe heureux de leur propre ascension au poste suprême du pays; à la fois le Zinédine Zidane, le Raymond Doménech et l'arbitre du jeu politique français. C'est comme ça la cinquième République française! Las, la victoire n'était pas au rendez vous.
Il y avait le candidat de la France forte de Sarko-land, de la France rassemblée de Hol-lande, et de la France du juste milieu de Bayrou-lande. Chacun prêchait pour son camp au nom d'une audace retrouvée et singulièrement absente ses derniers années dans un paysage politique morne, tout empêtré dans une crise financière homérique et sans fin qui prenait les allures d'un siège de Troie face au profil dépouillé du Parthénon trônant sur une Place Syntagma d'Athènes en ébullition. L'Euro-land allait mal et la France sombrait dans la chute annoncée de sa monnaie.
Mais les candidats n'avaient guère cure de ces péripéties du continent au bord du gouffre. Chacun voyait midi à sa porte. L'un préconisait la renégociation du traité de la règle d'or budgétaire, inventée par le couple Merkozy, imposée comme un dictat à tous les pays de l'Euro-land. L'autre voulait renégocier les accords de Schengen pour limiter les méfaits d'une circulation incontrôlée des citoyens indésirables venant des pays voisins dans une France devenue subitement frileuse, tout en critiquant celui qui osait détricoter les accords signés par 25 pays au sujet de la discipline budgétaire. Et le troisième voulait sauver l'Europe avec une poudre qu'on ne trouve que dans les Pyrénées qui ressemble fortement à la fameuse concoction dite de la Poudre de Perlimpinpin.
Devant un tel foisonnement de bonnes intentions le pays ne savait plus où donner de la tête. On voulait supprimer la notion même de race dans la Constitution française pour devancer les idées de son adversaire proposant de faire le droit du sang comme un critère de référence déterminant dans l'octroi de la nationalité. Le débat oscillait entre la notion d'identité nationale et d'identité sociale, l'un prétendant que l'appartenance à un peuple imbus de sa propre histoire, battant sa propre monnaie, était la porte de salut. Dans la recomposition du paysage géopolitique mondial insufflé par les méfaits d'une globalisation ravageuese de l'économie-monde, comme par une Tramontane détruisant tout sur son passage; véritable tsunami financier. Les autres prétendaient que la salut était dans un protectionnisme renforcé et l'élaboration d'une identité continentale à définir. Le cadre désormais de l'action salutaire n'était plus les institutions de l'état-nation mais au-delà, dans un resserrement fédératif des liens continentaux, seul havre de dimension suffisamment grand pour protéger les peuples Européens.
On avait comme impression que le tourbillon de la mondialisation, même dans le cadre sportif de la fête de L'Ovalie, imposait au pays amoureux de ses traditions culinaires le choix suivant, à l'image de ses héros, d'un Fofana tout brun ou d'un Rougerie tout blond :
Voulez vous votre lait avec du Nutella ou votre Arabica avec un soupçon du lait?
Le Port de l'angoisse - Wikipédia
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