jeudi 29 mars 2012

L'Écume de Mer et la folie ordinaire

Escapades festives au pays du soleil


"Il est permis de violer l'Histoire à condition de lui faire un enfant." de Alexandre Dumas

Il y avait un air du temps limpide; le soleil au zénith, le bleu du ciel narguait la placidité de l' horizon azuréen où nulle voile n'hérissait la limpidité de la grande bleue somnolante,  bercée par son regard plombé.  Il y avait un air champêtre de bord de mer printannier dans le restaurant avec une terrasse peu fréquentée, vu que c'était encore hors saison.

On parlait de tout et de rien. Le chardonnay était frais,  légèrement  acidulé et avait un parfum délicat de vanille et de rose pétale, accompagné par des mets délicieux servis sur une ardoise toute noire. Les demoiselles étaient d'honneur et pas seulement dans le verre du chardonnay. Car leurs épaules et torses dénudés reflètaient si gaiement l'air du moment.

Cela me rappelait l'air de la chanson d'Abba,  que j'ai transformé à ma manière pour les besoins de la cause: "There was something in the air, the sun was bright, Fernando!"

Le serveur nous raconta les nouvelles du jour : On trouva des casques italiennes et de gilets de même origine dans l'écume de mer! Comme quoi le courant dominant du Golfe du Lion traversait la Méditerranée de  Menton à Collioure. On avait de l'Italie son trop plein de matériel de chantier ou d'une avarie, jeté en mer.

On parla de la mère d'un des convives qui fut priée de rentrer chez elle de l'hôpital où on avait traité son hémorragie passagère par une transfusion sanguine et de prise des médicaments. On écourta son séjour vu que son comportement de patiente de 90 ans fût jugé inconvenant pour  la gestion de la clinique. Car à son âge avancée elle avait tendance de visiter tous les patients de l'étage la nuit, chose inacceptable venant d'une femme bavarde, impatiente de quitter les lieux.

On parla de l'art et de la supériorité du trait classique et de la texture étonnante chez David ou Rembrandt sur le flou impressionniste d'un Monet ou d'un Degas, et même sur la beauté des toiles de Botticelli. Comme quoi la peinture est un terrain de rencontre subjectif entre un artiste et son public; où chacun peut porter son jugement en toute tranquilité. Sauf quand le marché consacre même un imbécile en icône indéboulonnable. Picasso, qui savait tout faire, génie de son siècle, fut un pratiquant cynique qui profita de la dérive mercantile pour en démontrer son absurdité.

Si le Chardonnay venait de la Palestine, selon la légende, et fut implanté à Prouilles dans les Corbières chez les moines, avant d'être consacré dans le Chablis au monastère cistercien de Pontigny  par un moine vagabonde au Moyen Age,  le Tokay fut importé en France par une grande-mêre polonaise qui la cultiva en terre de Languedoc. Première femme à grimper sur le Mont Canigou, elle fut une intrépide vigneronne qui célébra le vin de son pays d'origine où mourut son frère en héros lors de la première guerre mondiale.

Le Tokay est aux pays slaves ce qu'est le Chateau Yquem à la région de Bordeaux; le nec plus ultra du vin blanc doux.

On parla de choses plus sérieuses, l'écume du temps politique; d'un assassin froid qui a voulu mourir en héros égaré pour une cause désespérée, d'une manière abominable. La fin ne justifie jamais les moyens. Pousser à l'extrême, le geste devient insupportable, une caricature d'une pulsion sacrificielle qui renie l'humanité le plus élémentaire. Mais l'incident a tellement marqué les esprits, par les temps médiatiques et politiques d'une campagne présidentielle, que chacun a fait de l'incident macabre d'un fait divers un symbole du temps.

Pour les uns les prémices d'une invasion barbare, pour les autres  signe d'une déliquescence de civilisation.

Quand on parle des équivoques de civilisation on marche sur la crête entre croyances révélatrices, foi dogmatique et l'esprit critique rationnel. Le libre arbitre n'est jamais loin, ni l'ombre de la dérive inquisitoire et totalitaire d'une société taraudée par les démons de son passé. L'histoire n'est qu'éternel recommencement.

Puisqu'on parle d'éternel recommencent et de civilisation, une énigme qui hante l'évolution du monde occidental, où se lève un vent très mauvais de nos jours, peut se résumer à une dialectique entre l'idéal absolutiste Platonicien et le relativisme pragmatique Aristotélicien qui privilégie l'empirique et la primauté du concret. Peut-on se contenter de s'occuper de la chose factuelle en oubliant le long cours de son destin métaphysique, est une question qui mérite débat quand la civilisation bascule d'un modèle de consumérisme effréné insoutenable vers quelque chose qu'on ne sait pas encore définir.

Le fin mot dans cette triste histoire sur-médiatisée revient à notre président national, désormais tout braqué à la candidature à sa propre succession, quand il parla de "Musulman d'apparence". Un choix de mot malheureux pour décrire le regard du tueur au moment où il exécuta un soldat en uniforme français ayant symboliquement servi en Afghanistan,  en tant qu'apostat, à ses yeux de justicier de Dieu intégriste, alors que la victime était un chrétien de souche Kabyle.

Il y a des phrases qui collent à la peau d'une époque malsaine.




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